Apparition de la vigne

Publié le 20 décembre 2010 par Jean-Baptiste Noé

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  • L’histoire de la vigne a commencé avant la naissance du christianisme. Des ses origines ont trouve de nombreux éléments présents par la suite dans l’histoire de l’Église.

  • Apparition de la vigne

    En matière d’archéologie la prudence est de mise. Les objets que l’on retrouve ne nous renseignent que sur eux-mêmes, le fait de ne rien découvrir ne signifie par qu’il n’y a rien mais simplement que l’on n’a rien trouvé. C’est ainsi que certains auteurs ont pu soutenir que la Gaule avait connu une forte crise économique à partir du 1er siècle av. J.-C. parce que les fouilles ne mettaient plus au jour aucune amphore, signe du commerce et des échanges. L’absence d’amphore était pour eux le signe d’une récession. Grave contre-sens, c’était le signe d’un changement de contenant : le tonneau avait remplacé l’amphore dans le transport du vin et des autres liquides. Or l’amphore étant en terre cuite elle résiste au temps et peut se retrouver lors des fouilles, le tonneau étant en bois il pourrit et disparaît, donc on n’en trouve plus trace.

    La même prudence doit être de mise à propos du vin. Que l’on mette à jour des grains de raisins fossilisés, des dépôts de vin dans des cruches ou des amphores, indiquent bien la présence du vin. Mais que l’on ne découvre rien n’indique nullement une absence du produit, mais tout simplement une absence de trace. Cela ne doit pas être oublié par l’archéologue. C’est ainsi qu’en l’état actuel des connaissances il est permis de penser que la vigne a fait sa première apparition dans le Caucase, en Géorgie actuelle. C’est là en effet que furent trouvés les plus anciens pépins de raisin fossilisés, datant de 7 000 à 5 000 av. J.-C. Toujours d’après les archéologues le passage de la vigne sauvage à la vigne cultivée s’est fait à la fin de l’âge de pierre, soit en 5 000 av. J.-C. La première viticulture – qui est l’art de sélectionner et de cultiver la vigne pour améliorer la qualité et la quantité du raisin qu’elle produit- serait apparue ainsi dans le Caucase. Ces découvertes scientifiques récentes corroborent le texte biblique qui nous dit qu’après le Déluge Noé s’est échoué sur le mont Ararat – en Arménie historique- et qu’une fois sorti de l’arche le patriarche a découvert le vin. 6000 av. J.-C. c’est donc l’apparition de la vigne cultivée, mais c’est aussi le moment où les hommes du Proche Orient abandonnent le style de vie pastoral pour des modes plus sédentaires, où le langage et l’écriture se développent, où le cuivre remplace la pierre, où les premières poteries apparaissent sur les bords de la mer Caspienne. Le vin est donc contemporain de ce moment crucial de l’humanité où l’on passe d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire, où la civilisation commence à toucher l’être humain, où la technique fait son apparition. Le vin apparaît au moment où l’homme devient pleinement homme, il berce ses premiers pas sur terre, il ne cessera alors de l’accompagner. La vigne est ainsi consubstantielle à la sédentarisation et incompatible avec le nomadisme, ce qui explique le rejet de Mahomet.

    Les Géorgiens peuvent donc se vanter d’être la première nation du vin. D’ailleurs l’étude de leur gastronomie et de leur manière actuelle de boire ce breuvage nous en dit beaucoup sur les coutumes anciennes. Même au XXIe siècle les méthodes ancestrales demeurent comme dans les premiers temps. Ici pas de futaille, de cuve ou de jarre mais des petites taupinières. Les familles y portent des paniers coniques qu’elles vident dans des troncs d’arbres évidés. Lorsqu’il est à moitié rempli les grains sont foulés aux pieds. Les taupinières recouvrent des kwevris, qui sont des jarres à vin enfouies dans le sol jusqu’au col. Elles sont fermées par des bouchons de chêne, et remplis presque entièrement avec le raisin foulé. Celui-ci peut ainsi fermenter au frais en dégageant de grosses bulles. Au printemps suivant le jus est transvasé dans un autre kwevri, alors que dans le premier les Géorgiens laissent les peaux de raisin avec lesquelles il sera possible de faire la tchatcha, le marc de raisin. Le vin est lui enfermé dans sa jarre scellée, enterrée dans le sol frais, sous la taupinière. Il pourra ici se conserver indéfiniment. Le banquet est pour les Géorgiens une forme d’art. Il est accompagné de toasts et de discours parfois très épiques. Cette culture du banquet est toujours vivace et étonne encore les voyageurs qui vont à Tbilissi ou dans d’autres villes géorgiennes. Elle surprenait aussi les voyageurs des siècles passés. C’est ainsi qu’un Français –Jean Chardin-, joaillier du shah de Perse puis du roi d’Angleterre Charles II, raconte dans un ouvrage le voyage qu’il fit dans les années 1680 en ces contrées. Son récit épique est un bijou de connaissances ethnologiques et nous permet de découvrir des régions alors mal connues. Chardin est surpris par le rapport des Géorgiens avec le vin.

    Il n’est pas de pays [la Géorgie] où l’on boive davantage et de meilleur vin. (. . .) Ils creusent les plus grands troncs de grands arbres dont ils se servent à la place de cuves. A l’intérieur, ils écrasent et pressent les grappes, puis versent le jus dans de grandes jarres en terre qu’ils ensevelissent dans leurs maisons ou tout à côté (…). Et quand le vaisseau est plein, ils le ferment avec un couvercle de bois, puis déposent de la terre par-dessus.

    Ces méthodes pratiquées au XVIIe siècle sont très proches de celles qui avaient déjà courts aux temps reculés de l’Antiquité. Quant à la manière de conduire les vignes la description de Chardin est là aussi des plus intéressante. Il note ainsi que la vigne pousse le long de troncs d’arbres et qu’elle n’est taillée que tous les quatre ans. Les ceps sont si gros dit-il « qu’à peine pouvais-je les embrasser ». Il constate aussi que le meilleur vin vient de Mingrélie :

    Le vin de Mingrélie est excellent, il a de la force et beaucoup de corps, il est agréable au goût et bon à l’estomac.

    Cette remarque nous renseigne a contrario sur les goûts des Français au XVIIe siècle, ou tout du moins ceux de Chardin, qui devaient aimer ces vins forts et au corps solide. La Géorgie est à cette époque un territoire sous contrôle musulman or, pour Chardin, l’omniprésence de la place du vin dans la culture géorgienne est due à une réaction face à l’invasion musulmane. Puisque ceux-ci rejettent le vin les Géorgiens le développent de façon exacerbée afin de se différencier d’eux et de conserver leur tradition nationale. Sur cette ligne de fracture religieuse et culturelle, le vin est un marqueur identitaire. De même la coutume d’enterrer les jarres serait due à la volonté de les camoufler et de les protéger des musulmans. La technique s’est donc adaptée à la nécessité politique.

    La vigne nous vient donc du Caucase, entre les monts Zagros et le Taurus, mais il existe plusieurs types de vignes. La plupart donnent des grosses feuilles et des petits fruits, elles sont donc très belles pour la décoration mais inutile pour la culture. C’est Vitis vinifera : la vigne à vin, qui donne les fruits qui permettent de faire la boisson. Elle a une teneur en sucre égale à environ un tiers de son volume. Les botanistes distinguent entre Vitis sylvestris la vigne sauvage, et Vitis sativa la vigne cultivée. Des monts du Caucase la vigne s’est transplantée dans le Croissant Fertile, probablement sous l’effet des migrations et des échanges commerciaux.

    Jean-Baptiste Noé est historien. Il a réalisé un doctorat en histoire économique. Dernier livre publié : Histoire du Vin et de l’Eglise. 2000 ans d’ivresse et de communion, Editions ADN, 2010, 23€. Vous pouvez le commander sur www.jbnoe.fr


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