Voyage de la vigne

Publié le 20 janvier 2011 par Jean-Baptiste Noé

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  • Le voyage de la vigne est un voyage à travers le temps et à travers les cultures.

  • Voyage de la vigne

    Essayons maintenant de retracer, depuis sa naissance, la route de l’expansion de la vigne. Un voyage incomplet bien sûr, tant nous manquent les éléments pour tracer avec certitude la route suivie. Le voyage de la vigne est aussi celui du développement de l’homme. Après sa naissance dans le Caucase elle parcourt les routes commerciales terrestres et maritimes, pour s’étendre autour de la mer Noire et de la Caspienne. En revanche elle n’arrive que tardivement en Mésopotamie et dans le golfe persique. C’est que dans cette région elle rencontre une autre boisson, qui devient sa rivale pour les siècles à venir, à savoir la cervoise, boisson élaborée à base de céréales fermentées. La cervoise est elle aussi une boisson de sédentaire car pour la produire il est nécessaire de posséder des champs que l’on puisse cultiver en céréales. Ainsi le Tigre devient la voie de transmission du vin, comme le Rhin le fut des siècles plus tard. Les bateaux acheminent les outres de vin et desservent les zones de consommation en les reliant aux zones de production.

    La vigne du Caucase et de l’Anatolie est nommée Vitis vinifera pontica. Les Phéniciens s’en emparent, et la transportent dans les colonies qu’ils fondent tout autour du bassin méditerranéen, entre autre Marseille, ce qui permet au plant de se diffuser loin de son terroir d’origine. Comme la vigne est très robuste et qu’elle a de grandes capacités d’adaptation elle s’acclimate très bien sur ces nouvelles terres. De plus son code génétique étant très instable elle donne rapidement de nouvelles variétés. Ainsi Vitis vinifera pontica est-elle à l’origine de nos cépages européens. La vigne de la vallée du Jourdain, la vitis vinifera orientalis, est elle à l’origine du chasselas. La vigne se propage ensuite dans le pays de Canaan, en Assyrie puis en Egypte. La vigne égyptienne forme une troisième sous espèce, la vitis vinifera occidentalis, qui est à l’origine d’un grand nombre de nos cépages rouges.

    Si la vigne peut s’exporter à l’ouest, en revanche à l’est elle se trouve confrontée à un mur. Face au bloc homogène et unifié de la civilisation du riz elle ne parvient guère à passer. C’est pourquoi on ne trouve pas la présence de la vitis vinifera en Chine, mais il y a toutefois quelques plants indigènes. Ceux-ci sont arrivés en 128 av. J.-C. suite à une bataille menée par le général Chang Chien en Bactriane. Après sa victoire il rapporte à la cour des grappes de raisin découvertes dans les cantines de l’ennemi, la vigne s’installe et prolifère. C’est ainsi que Marco Polo relate dans ses écrits la présence d’une vigne vigoureuse dans la région de Shanghai.

    L’expansion méditerranéenne

    Du Moyen-Orient la vigne s’étend en Méditerranée via les Phéniciens et les contacts entre l’Asie Mineure et l’Achaïe . La vigne, apparue dans le Caucase, développée en Mésopotamie, trouve en Grèce son écrin pour son épanouissement. La terre grecque est ingrate et difficile : les plaines sont rares, le sol pierreux, le climat sec et chaud. De telles conditions conviennent parfaitement à la vigne. Sous ce climat de souffrances elle peut enfoncer profondément ses racines dans le sol pour en tirer toute la nourriture dont elle a besoin. De plus, elle est une des seules plantes qui puisse produire des fruits sur un terrain de coteau.

    Un des bastions de la vigne est la Tauride, la Crimée actuelle. La présence d’un parcellaire des vignes grecques est omniprésente, comme le dévoile très bien aujourd’hui l’archéologie, surtout dans la région de Chersonèse, l’actuel Sébastopol. Les vignes sont plantées sur d’étroites terrasses séparées par des murets de pierre sèche destinés à réduire l’érosion et à maintenir une certaine humidité. D’après les documents la densité des ceps atteint 5 000 pieds à l’hectare. Dans les fermes on a retrouvé la présence de fouloirs, de pressoirs et de caves pour produire du vin. La Crimée avait un vignoble important tout le long de ses côtes sur près de 200 km. Son vin était renommé dans toutes les contrés puisque le vin de Chersonèse s’exportait vers le pays des Scythes ainsi que les plaines septentrionales via le Don et le Dniepr, ce qui a fait la fortune des habitants du pays. Et le voyage de la vigne se poursuit. Avec la colonisation grecque, à partir du VIIIe siècle, c’est la culture et le mode de vie grec qui s’exporte. Pithécusses est la première colonie grecque fondée en Grande Grèce, le sud de l’Italie actuelle. Elle fut bâtie par les Eubéens au VIIIe siècle. De cette fondation date le début de l’installation de la vigne en Italie et en Sicile.

    Née dans le Caucase, déployée en Mésopotamie, Proche Orient, Egypte, Phénicie puis Europe, la vigne s’est étendue tout autour du bassin méditerranéen. Elle en est la plante symbole, présente dans de nombreuses cultures, de nombreuses œuvres, façonnant les civilisations et les pays de cette partie du monde. Ainsi dès l’origine la vigne, liane souple qui s’enroule autour des troncs, s’enroule-t-elle autour des hommes, pour fonder leur géographie et leur histoire.

    Jean-Baptiste Noé est historien. Il a réalisé un doctorat en histoire économique. Dernier livre publié : Histoire du Vin et de l’Eglise. 2000 ans d’ivresse et de communion, Editions ADN, 2010, 23€. Vous pouvez le commander sur www.jbnoe.fr



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