Je pourrais faire le sempiternel refrain de la signification de Noël qui se perd, de la "paganisation" de cette fête chrétienne. Le chrétien qui souhaite passer les fêtes de Noël chrétiennement, voit d’un mauvais oeil ses contemporains se réjouir en quelque sorte "sur son dos". Car sans le christianisme, on ne fêterait sans doute pas la nativité.
Outre que ce n’est pas si vrai que cela (le culte païen du "Sol invictus", dont la fête est le 25 décembre, est attesté depuis le IIIe siècle), il serait sans doute un peu rapide de jeter l’anathème sur nos contemporains qui font bombance pendant les fêtes de fin d’année.
Il est assez naturel qu’à cette époque de l’année, les hommes aient tendance à se retrouver dans des joies simples telles que les retrouvailles en famille, une nourriture agréable et riche, l’alcool qui réchauffe le coeur, la musique qui agaie, la lumière pour éclairer les nuits, les cadeaux etc…
C’est que le contexte naturel (en tous cas dans l’hémisphère nord), invite au "rassemblement sur soi" : le raccourcissement des journées, associé au rafraîchissement de l’atmosphère est propice à la recherche d’un recentrage. _ Certes ce n’est pas toujours le cas dans le matérialisme ambiant, mais finalement, si l’on interroge nos amis, on s’aperçoit que ce qui compte ce sont les joies simples de la famille et d’une ambiance festive.
Ces joies simples sont celles d’une attente : celle du retour des journées plus longues, du printemps, de cette renaissance de la nature toute entière.
Ce contexte naturel correspond d’une certaine manière à celui de l’attente de l’enfant à naître : la future mère se recentre sur le principal, l’enfant, pour mieux l’accueillir. Elle se refuse certaines choses (activités trop sportives, aliments mauvais pour la croissance de l’enfant), mais veille à ce que l’environnement pour l’enfant soit propice (elle doit manger "pour deux", faire peu d’efforts). Son activité et son attention sont peu à peu centrées sur l’enfant.
La magie de la nativité, consiste à faire coïncider ces deux attitudes. Que notre recentrage ne soit pas perdu, dans des attitudes vaines, mais qu’il soit dirigé vers quelque chose de plus grand : la naissance d’un enfant, mais pas n’importe lequel. Celui qui est le véritable "sol invictus", la "lumière pour éclairer les nations" [1].
La nativité prend ainsi, grâce à la liturgie chrétienne, une dimension cosmologique. C’est le "Cosmos" tout entier qui est dans l’attente du Sauveur. Il "gémit dans les douleurs de l’enfantement" [2].
Mais faisant partie intégrante du Cosmos, nous sommes appelés à faire nous même ce recentrage, afin de mieux accueillir celui qui vient : "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu." [3].
Le chrétien est ainsi appelé à s’inscrire dans une démarche qui engage, non seulement sa personne, mais aussi l’Église du Christ qui célèbre sa venue dans le monde, l’humanité toute entière qui perçoit à travers les signes naturels la nécessité de trouver un nouveau "point de gravité".
Mais cette recherche s’inscrit dans le contexte beaucoup plus large du Cosmos, dans lequel Dieu a inscrit l’homme dès son commencement et qui lui donne son rythme. Un Cosmos qui est comme "saturé de Dieu" lequel n’attend qu’une chose, que l’homme L’y découvre.
La nativité est donc une invitation à la transformation du monde et de l’humanité par notre conversion personnelle, cette conversion consistant à se "tourner" vers ce Dieu devenu nourrisson. A lui préparer une place toute spéciale, là où il ne fut ni accueilli ni reconnu par les siens.
Un bien beau et grand programme !
[1] Lc. 2,32
[2] Rom, 8, 19
[3] Is, 40, 3-5
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