Ça y est, une page se tourne, celle d’un Prologue : c’est un nouveau livre qui commence avec ces JMJ madrilènes, que ce soit pour moi ou (je crois), pour les jeunes (nous étions 14) que j’ai pu y emmener.
C’était pour moi l’occasion de revivre - et faire découvrir - ce que j’avais vécu en 2000 (il y a 11 ans, ouch…) à Rome. C’était avec un autre Pape, à la fin d’un autre siècle.
J’en reviens broyé physiquement (parce qu’on marche beaucoup) et psychologiquement (parce qu’être "responsable de groupe" n’est pas de tout repos), mais spirituellement gonflé à bloc, donnant ainsi un nouveau sens à cette phrase du Christ "Qui veut sauver sa vie la perd, qui perd sa vie pour moi la sauvera" [1].
Chaques JMJ sont différentes les unes des autres. Celles-ci n’ont pas dérogé. Arrivés dans le diocèse de Tarragone après 16h de car environ, en compagnie des 1300 jeunes du diocèse de Nanterre, nous avons passés 4 jours en compagnie de la population de Tarragone, 4 jours à découvrir cette ville espagnole où St Paul a sans doute accosté. Mais également 4 jours à profiter du soleil, de la vieille ville…. et de la plage ! 4 jours à manger des piques-nique espagnols (biens, mais… un peu gras)… Et puis une visite de Barcelone, suivie d’un concert… Hé oui, c’est aussi ça les JMJ !
Mais pendant ces journées, il aura aussi fallu supporter des tags anti-catholiques : "N’oublions pas l’Inquisition", "l’Eglise a du sang sur les mains", "Le Pape est responsable de la pédophilie" … Introduction à au manifestations d’Indignados qui nous attendaient à Madrid.
Justement, après 6 nouvelles heures de car, pour parvenir à la capitale espagnole, nous voilà installés dans un collège. Une des premières choses, fut d’aller à la messe d’inauguration des JMJ.
De l’extérieur, ce fut décevant : nous avions un écran, mais pas de son (ou si peu) et un cortège d’ambulances et de voitures de police avec leurs sirènes qui semblaient confirmer la piste du complot anti-catholique (on est parano ou on ne l’est pas).
Mais pas ce n’est pas grave, nous étions là : nous avons pu voir ces milliers de jeunes de toutes les couleurs : une première conversation avec un agent comptable de l’Arizona, venu avec ses deux fils, puis une autre avec ce libanais venant de Jouneh (Beyrouth) nous mirent directement dans le bain de l’universalité de l’Eglise.
Il y eu encore la cérémonie de bienvenue du Pape : 4h à attendre que le Pape passe devant nous (nous étions juste derrière les barrières). Attente déçue, mais bien remplacée par cette rencontre avec un groupe de péruviens et cet autre groupe du Gabon (avec qui nous avons frôlé l’incident diplomatique car nous avions semble-t-il, pris leurs places).
A Madrid, combien de nationalités circulaient ? Impossible à savoir [2]. Mais c’est dans ce flot de nationalités que s’exprimait le mieux le patriotisme de chacun. Un patriotisme tout pacifique, mais bien réel. Français, nous chantions la Marseillaise à tue-tête et les autres nous répondaient "vive la France" avec de grands sourires).
Qui mieux que ces citoyens du monde entier, peut construire ce monde de paix auquel aspire Benoit XVI ? Des jeunes, fiers de ce qu’ils sont : Enracinés à la fois dans leurs cultures respectives, mais également et surtout, dans le Christ. Dans le monde, mais non pas du monde…
Seuls ces jeunes pouvaient montrer aux "indignados" comment construire cette paix : en étant respectueux des autres. En sachant écouter et ne pas s’emporter. C’est à peu près ce qui s’est passé : les JMJistes ont fini par ouvrir le dialogue, afin de briser ces tensions.
Et puis, il y eu le bouquet final : la veillée à Cuatro Vientos et la messe du lendemain. Je pense que, humainement, ce fut la veillée la plus pourrie de toute l’histoire des JMJ… mais en même temps, sans doute la meilleure. Pas de son, une image trop distante pour bien distinguer, un Pape qui ne passe pas dans les allées pour des raisons de sécurité. Le soleil tapant pendant plusieurs heures… et puis le soir, le vent et la pluie battante, la nuit tous collés les uns contre les autres, certains à même le sol. Pouvait-il y avoir pire que cela ?
En fait, il n’y eut rien de meilleur. Il fallait voir "la jeunesse du Pape" chanter sous la pluie et le vent, en retenant le frêle abris qu’ils avaient fabriqué pour se protéger du soleil et crier joyeusement "Esta es la juventud del papa". Il fallait les voir rire à gorge déployée et sauter en criant "Qui ne saute pas n’est pas français !".
Je me suis rappelé après coup, la lecture de la cérémonie d’ouverture : "La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc". Ces jeunes n’étaient ni effrayés, ni déçus : ils ont montré qu’ils commençaient à fonder leur vie sur un fondement véritable, le seul qui donne l’assurance et la joie, le Christ.
Et voilà, des jeunes qui, je l’espère ont pu profiter des JMJ pour fonder leur vie sur le roc du Christ. Certains venaient avec des certitudes toutes faites : les ont-ils passées au crible d’une relation personnelle avec le Christ ? Certains venaient avec leurs doutes, se sont-ils affermis dans la foi ? Je ne connais pas leur coeur. Seul Dieu sait. Je ne retiens que leur visage rayonnant à la sortie du car, après 15h de route.
[1] Mc, 8, 34
[2] 193 disent les journaux
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