Les JMJ ont remis sur la table, le marronnier de la relation entre un état laïc et les religions. Ce sont les indignados, avec leurs pancartes "Estado laïco" etc… puis les commentaires des journalistes, comme Guy Birenbaum, dans "Des clics et des claques" sur Europe 1 qui m’amènent à écrire sur le sujet.
La conception française, qui a imprégné également d’autres régimes politiques européens, de la laïcité, fait figure de régime autoritaire lorsqu’une personnalité religieuse intervient dans la vie publique. Cette intervention est en effet immédiatement taxée de scandaleuse, parce qu’elle semble empiéter sur des plates bandes qui ne sont pas les siennes, mais plutôt celles des hommes politiques, des journalistes et des médias. Curieusement, il semble que tout le monde ait le droit à exprimer son opinion sur tout, dans l’espace public, sauf les personnalités religieuses.
La raison avancée est simple, voire simpliste : le religieux doit être cantonné dans la vie intime. Il ne doit pas déborder sur l’espace public. C’est une relation individuelle, directe avec Dieu : elle relève donc de l’espace privé de chacun. Si elle devait déborder, elle serait nécessairement une atteinte aux libertés publiques.
J’aimerais avant tout faire un constat sous forme de question : n’est-il pas étonnant que les laïcistes refusent aux représentants religieux le droit de s’exprimer dans l’espace public, ou sur la manière de mener les affaires publiques, alors qu’eux-mêmes se permettent de s’exprimer sur le fait religieux et la manière dont il doit s’exprimer ?
En fait, la conception "française" de la laïcité, qui peut se résumer par l’assertion "la religion est une affaire privée, et doit se cantonner dans le domaine de l’intime", est tout simplement fausse. Pas seulement de manière relative (c’est-à-dire, que cela ne serait faux que pour certaines religions, notamment la religion catholique). C’est une idée scientifiquement fausse.
En effet, si l’on observe le fait religieux à travers les yeux d’un sociologue ou d’un anthropologue des religions, on constate qu’il n’existe aucune religion connue qui se cantonne au domaine de l’intime. Toutes les religions ont leur culte public et leur spiritualité imprègne la vie de la société.
Pour certaines sociétés antiques (quelle que soit leur sphère géographique), le fait religieux fait partie intégrante de la vie publique, voire de la vie politique : que ce soit en Egypte, dans l’Empire romain ou encore dans les sociétés archaïques de l’Amérique du sud. Les religions sont nées et se sont développées dans l’espace public. Aussi, une religion est avant tout un phénomène public et non un phénomène privé ou intime.
L’idée d’une relation personnelle avec Dieu, prend racine dans la grande tradition judaïque, c’est-à-dire que Dieu commence, à travers les Patriarches, à s’adresser personnellement à l’Homme. Abraham, Isaac, puis Jacob sont les premiers témoins de cette relation personnelle directe. Cependant, cette relation n’exclue aucunement le culte public : les trois élèvent des stèles aux différents endroits de leur rencontre avec Dieu.
Vient ensuite Moïse, qui pu s’adresser face à face avec Dieu. Il est le paradigme de l’Homme qui s’adresse directement à Dieu, qui converse avec Lui. Cependant, Moïse est également le législateur du peuple d’Israël, qui détermine les formes du culte que l’on doit donner à Dieu et qui va déterminer et rythmer toute la vie du peuple de Dieu.
Dans le christianisme, la relation à Dieu s’approfondit. Par l’Incarnation, la relation que nous pouvons établir avec Lui, n’est plus seulement formelle ou extérieure elle est "ontologique" : elle s’exprime dans notre être même.
Le Christ, le Verbe, Fils de Dieu, a assumé notre humanité. Vu sous un autre angle, il s’agit d’une assomption de notre humanité en Dieu. Par le Christ, nous pouvons pénétrer dans l’intimité des trois personnes divines. En cela, notre relation à Dieu est particulièrement intime.
Cependant, à aucun moment, cette relation n’exclue l’expression de la foi à l’extérieur : au contraire. Le Christ était une personne publique. Il s’est exprimé publiquement "dans les synagogues". Il a annoncé à tous la bonne nouvelle, sans se soucier de respects humains. Les apôtres suivent son exemple, et annoncent la bonne nouvelle. Pour cela, ils seront plusieurs fois condamnés : ils reçoivent la bastonnade de la part du Sanhédrin, qui leur intime l’ordre de ne pas parler du Christ. Ils ressortent Sanhédrin et que font-ils ? Ils annoncent la bonne nouvelle.
Il semble important de distinguer ici deux dimensions qui sont intrinsèquement liées : la foi et la religion, ou pour mieux dire "l’assentiment de la foi" et "la vie de foi". La première est la réponse positive du croyant à l’appel divin : "Veux-tu croire en Moi ?". Cette réponse se passe au plus intime du coeur de l’homme. Elle ne peut être forcée ou contrainte : c’est la liberté des consciences qui la permet. La seconde consiste en la vie du croyant qui a donné cet assentiment.
Normalement, la foi comble l’Homme, car en elle il trouve Dieu son Créateur : seul le Créateur en effet, sait ce qui peut combler sa créature. La vie de foi consiste donc à nourrir la vie du croyant à la fois par des actes intérieurs (la prière) et des actes extérieurs qui permettent au croyant d’exprimer ce qui le comble.
Mais lorsque nous sommes comblés, ne souhaitons nous pas le montrer aux autres ? N’avez-vous jamais vu des parents sortir les photos de leurs enfants ou un(e) fiancé(e) sortir une photo de son portefeuille pour expliquer combien l’être qu’il aime le comble ?
La vie de foi est de cette nature et elle ne peut rester dans l’intime de la personne. Non pas parce que ce serait une obligation de l’exprimer, mais parce que naturellement, le croyant éprouve le besoin d’exprimer sa joie de croire.
Dans l’Eglise catholique, cette relation duale (vie intime / expression publique de la foi), prend toute sa dimension. Chacune a une place égale. C’est pour cela que l’Eglise exprime la foi des fidèles (ou plutôt, permet aux fidèles d’exprimer leur foi), par de grandes cérémonies publiques : messes en plein air, veillées d’adoration, processions etc… Il s’agit là d’une liberté publique : empêcher cela, ou déclarer ces expressions illégitimes, c’est restreindre une liberté fondamentale de l’Homme.
On pourra toujours dire que ces expressions viennent restreindre la liberté de ceux qui ne croient pas… mais c’est un sophisme. Car, quel incroyant (véritablement incroyant), pourrait être ébranlé dans son incroyance par l’expression de la foi des autres ? Et si par hasard, par l’effet de la grâce, cela arrivait : l’incroyant devenu croyant serait comblé par sa foi nouvelle. En quoi cela serait-il une perte ? N’y-a-t-il pas là l’expression d’une peur de croire ?
En fait, il y a là la manifestation à peine dissimulée d’une idéologie, qui voudrait que la religion disparaisse totalement de l’espace public. Un athéisme officiel, comme le craignait déjà le bienheureux Jean-Paul II.
Or, cet athéisme officiel est une violence faite aux croyants : il ne s’agit pas seulement d’une neutralité, mais bien d’une interdiction faite au croyant d’exprimer une partie de son être.
Le pire est qu’il y a ici un danger pour la société laïque elle-même. En effet, l’idée même de laïcité est née dans une société chrétienne et n’aurait jamais pu naître ailleurs. C’est la christianisme qui introduit l’idée de séparation entre les deux sphères (non hiérarchisées, mais bien distinctes) : une sphère religieuse et une sphère étatique.
Cela se fonde bien entendu, le passage des impôts payés à César. Mais on le trouve surtout dans un développement de St Paul (dans l’épître aux Romains), sur les relations entre les croyants et les pouvoirs publics. On pourrait enfin citer l’épître à Diognète, qui montre bien comment le chrétien se positionne par rapport au pouvoir public.
Pour l’empire romain, la doctrine chrétienne est embarrassante, principalement parce qu’elle s’affranchit du culte officiel, sans remettre en cause la légitimité du pouvoir public. Mais les chrétiens refusent de se plier à des exigences qui leur semblent contraires à la foi chrétienne : que ce soit sacrifier à l’Empereur ou toutes autres pratiques publiques (aller au Cirque par exemple). Les premières persécutions viennent de là.
Aujourd’hui, c’est à peu près la même question qui se pose : on refuse aux chrétiens d’exprimer des idées (fondées sur une compréhension de leur foi), dès lors qu’elle est contraire à la doxa laïque. On n’a plus aujourd’hui l’obligation de sacrifier à l’Empereur ; par contre, on a l’obligation de sacrifier nos idées sur l’autel de la laïcité et de la "tolérance".
Il ne faut pas se leurrer : c’est le christianisme qui est à l’origine de la laïcité. En excluant ce fondement dans le débat public, on voue la laïcité même à une décomposition certaine, qui débouchera finalement sur un athéisme officiel. Or cet athéisme est forcément irrespectueux des croyants, car s’il est une conviction forte il ne pourra tolérer aucune expression, ni par conséquent aucune transmission de la foi. De sorte que, la foi sera vouée à disparaître progressivement.
Il est donc nécessaire que les religions puissent s’exprimer librement dans un espace public, comme dans l’ancien forum romain ou l’Agora grecque. La seule limite étant qu’aucune contrainte d’aucune sorte ne soit imposée à ceux qui écoutent. La foi est un assentiment libre. Un état laïc est donc un état qui permet d’établir un espace de liberté dans lequel l’Homme pourra exprimer sa volonté de croire ou non.
Pour cela, il faut que les religions puissent s’exprimer et proposer des choix. Si les religions ne peuvent pas s’exprimer dans l’espace public, ce choix ne sera possible, puisqu’aucune alternative intellectuelle ne sera proposée à l’athéisme officiel. Il s’agira donc d’une société non-libre, car l’Homme sera forcé de se conformer au modèle athée qu’on lui impose, la foi se construisant en marge de la société officielle.
Une question se pose alors : comment construire cet espace de liberté ? Comment permettre aux religions de s’exprimer sans s’imposer à conscience ? Comment assurer donc un état qui soit laïc tout en permettant aux religions de s’exprimer dans l’espace public sans discrimination ?
Pour répondre, il faut avant tout poser quelques précisions : d’abord, absence de discrimination ne signifie pas absence de différence de traitement : l’équité veut, qu’un traitement différencié des religions soit fait en fonction de l’apport d’une religion à la société et de sa représentativité dans le corps social.
Par exemple, en France on ne traitera pas de la même manière christianisme et bouddhisme, car l’apport du christianisme à la société française est plus évident que celui du bouddhisme (ce qui sera différent en Inde par exemple). Mais cela ne signifie pas non plus, absence de traitement du tout : il est bon d’aménager au moins un espace de liberté pour que ces religions ou ces spiritualités puissent s’exprimer.
Par ailleurs, laïcité ne signifie pas non plus absence d’aide matérielle. En s’appuyant sur ce principe d’équité et sur un principe adapté de la subsidiarité (on peut considérer les "sociétés religieuses" comme des parties d’un tout que serait la société d’un pays… même s’il n’y a pas de notion de "hiérarchie" entre société laïque et sociétés religieuses).
Ainsi, l’état, qui dispose des moyens pour établir l’espace de liberté de l’expression religieuse, peut aider matériellement les "sociétés religieuses", à la mesure d’une juste équité (telle que définie plus haut). Il n’est donc pas choquant qu’un état puisse aider au financement d’une manifestation religieuse, dès lors que cet apport est proportionné à l’apport et à la représentativité d’une religion dans une société.
Les "indignados" n’étaient ainsi pas du tout légitimes à critiquer un potentiel financement partiel des JMJ par l’état espagnol (d’autant plus que ce financement était inexistant).
Bien sûr, cela suppose d’aider tout de même des "minorités" religieuses, pour leur permettre au moins de survivre, même si l’aide donnée ne correspond pas tout à fait à leur représentativité ou à leur apport effectif à la société.
Le problème est ici que, parfois cette aide donnée au nom de la "diversité" remet en cause l’équilibre de l’équité et contrevient ainsi à une situation où l’on constate deux types de traitements différents. Cette situation est injuste car inéquitable. Par ailleurs elle est susceptible de favoriser des courants spirituels qui (dans leur structure même), ne comprennent pas l’idée de laïcité.
Au final, dans le cas de la société occidentale, il est donc nécessaire de se poser une question : quel est le point commun entre les sociétés se veulent laïques (de manière durable et véritable) ? La réponse est simple : le Christianisme.
Ainsi, une société laïque qui, croyant se protéger, tente de reléguer dans l’intime la religion qui en est l’origine, s’expose, soit à un athéisme officiel nécessairement autoritaire, soit à l’émergence de courants spirituels qui sont de véritables dangers pour l’existence même du principe de laïcité.
Reste à faire prendre conscience aux "indignados" et aux médias de cette réalité…
Vos commentaires
# Le 16 septembre 2011 à 22:32, par Yogi
@ Artemis :
L’espace objectif est l’intersection de tous les espaces subjectifs. Le monde réel est l’intersection de tous les mondes fantasmés. Les éléments matériels sont constatables par un hindou, un musulman ou un chrétien ; ce sont le seul terrain qu’ils partagent, le seul sur lequel ils puissent construire en commun, et le seul qui importe à l’Etat.
Que chacun soit motivé par sa propre subjectivité, j’en conviens bien. Mais les arguments mis en avant lors de la construction du monde commun ne peuvent se fonder sur cette seule subjectivité, qui par essence est étrangère à autrui.
Ainsi par exemple l’argument que certains principes de vie commune devraient être suivis parce qu’ils sont issus de la Bible ne peut suffire, ce sont leurs conséquences concrètes et matérielles qui doivent être évaluées et discutées.
Et ni la Gay Pride ni les processions ne sont interdites, aussi choquantes pour autrui que puissent être ces manifestations.
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# Le 15 septembre 2011 à 15:58, par Artemis
A Yogi,
Votre raisonnement est totalement biaisé et nie l’apport de sciences humaines les plus élémentaires. Il n’y a pas d’espace objectif. Qui le définit comme objectif ? Avec quels critères ?
Séparer une sorte de "monde réel" athée d’un "monde fantasmé" comme vous le faites, c’est nier la réalité la plus basique. Car la pensée fait partie du monde réel, les coryances et opinions aussi. Certes, les croyances religieuses vous sembleront des opinions sans fondement mais… D’une part c’est votre opinion et elle est sans fondement, d’autre part, que des gens aient des opinions, c’est la vie. Il faut faire avec et gouverner avec.
Et l’Etat n’est pas un structure pure et parfaite sans subjectivité. Il n’est que la représentation du Peuple qui l’a élu, avec les subjectivités qui l’habitent et qui doivent s’exprimer tant qu’elle ne nuisent pas à la liberté d’autrui et à l’ordre public. Ce que le christianisme en France ne fait pas.
Pourquoi les religions auraient moins le droit de s’exprimer que la gay Pride ou que n’importe quelle manif politique ou sociétale ? Ce sont autant d’opinions qui doivent avoir le droit de s’exprimer.
J’ajoute que la dernière tentative en Europe où l’Etat a voulu faire de tout le pays un espace objectif et matériel où les religions n’avaient pas leur place, c’est l’Albanie d’Enver Hoxha, décretée "sans religion". C’était la dictature la plus sanglante de l’Europe d’après-guerre, qui pourtant en avait vues des gratinées.
pdc
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# Le 8 septembre 2011 à 23:41, par Yogi
@ Jean-Baptiste Balleyguier :
L’espace "objectif" est par essence un lieu de débats, de confrontation et d’arbitrage.
Et ces débats ne peuvent se baser que sur des critères "objectifs" et matériels. Ce ne peut pas être "Il faut faire A plutôt que B parce que j’en suis convaincu" ou "parce que ma mère me l’a dit", mais "parce que cela a telle conséquence concrète et matérielle que je vais m’efforcer de vous prouver".
C’est en cela que cet espace est "objectif", et c’est pour cette raison que les religions n’y ont pas leur place.
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# Le 8 septembre 2011 à 20:19, par Jean-Baptiste Balleyguier
@Yogi : en fait, ce qui n’existe pas surtout, c’est votre prétendu "espace objectif". On a l’impression d’un lieu paisible, où ne s’exprimerait aucune idée qui pourrait remettre en cause son idéale sérénité.
Mais l’espace public, depuis ses débuts, ce n’est pas ça. Au contraire, l’espace public, c’est le lieu de l’expression de toutes les idées, de toutes les affirmations contradictoires quelle qu’elles soient ! Car le but n’est pas la sérénité, mais au contraire l’enrichissement et le bien commun. Et cela passe par la confrontation.
C’est la définition qu’en ont donnée les grecs et que les romains ont reprise et développée.
De plus, considérer qu’il faille interdire l’expression d’une religion pour parvenir à cet état de sérénité, c’est faire fausse route. Ou plutôt, cela ne suffirait même pas : il faudrait interdire toute philosophie, toute idée politique, tout art, tout expression culturelle d’une manière générale et même tout débat scientifique, car cela aussi remet en question la paisibilité de l’espace "objectif".
Enfin, croire que les croyances ne s’ancrent pas dans le réel, c’est évidemment faux, quoi que vous puissiez en penser. Qui plus est, les croyances s’incarne bien dans le réel par ceux qui les exprime : les croyants, qui sont bien réels.
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# Le 8 septembre 2011 à 18:13, par Yogi
@ Jean-Baptiste Balleyguier :
Il me semble que c’est vous qui parlez d’athéisme, voire d’athéisme "officiel", lesquels selon moi sont hors sujet.
L’Etat a la charge de la gestion d’un espace public matériel et "réel", au sein duquel cohabitent l’ensemble de ses administrés ; c’est l’espace que j’appelle "objectif". L’Etat n’est pas en charge de l’espace mental de ses administrés.
Il se trouve que certains de ces administrés sont également mus par des ensembles de croyances antagonistes ; mais aucune de ces croyances n’ayant pu montrer un ancrage dans le réel, on est en dehors du domaine de juridiction de l’Etat.
Pour préserver l’ordre de l’espace public dont il a la charge, l’Etat doit cependant s’assurer que ces croyances individuelles antagonistes ne s’y manifestent pas (ou de manière très encadrée et très égalitaire), faute de quoi il s’expose à l’escalade des revendications de chaque faction. L’Etat ne se prononce pas sur le bien-fondé ou non de chaque croyance : il se borne à constater qu’elles n’ont aucun impact sur le monde objectif.
L’athéisme est une invention des croyants, en tant que tel il n’existe pas. Ou plutôt il n’existe que lui : c’est l’attitude de tout un chacun face à tout type d’affirmation non corroborée. Ainsi à défaut d’être a-thée vous êtes probablement a-licorne. Vous-même ne vous définissez pas comme tel mais c’est bien ainsi que vous qualifient les pro-licorne. Et je ne vois pas en quoi les pro-licorne auraient légitimité à gouverner l’espace public.
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# Le 8 septembre 2011 à 10:56, par Jean-Baptiste Balleyguier
@Yogi : si je comprend bien votre raisonnement, il n’y a pas d’athéisme d’Etat, mais l’Etat doit être objectif, or seul l’athéisme est objectif… j’en conclut : il n’y a pas d’athéisme d’Etat, mais seulement un athéisme d’Etat… CQFD.
Le problème, c’est que l’idée que seul l’athéisme soit objectif est en elle-même subjective (notez que je n’ai jamais parlé d’athéisme mais d’incroyance, ce qui n’est pas la même chose). L’idée que la foi et croyance aux OVNI et autres, soient sur le même plan est également très subjective. Enfin, croire que l’athéisme en soi est objectif est une erreur flagrante.
L’athéisme n’est pas moins une expression de faiblesses humaines que la foi, il est juste une orientation de l’explication du monde : une option différente. Je ne vois pas en quoi il aurait plus de légitimité à gouverner l’espace public. Enfin, si l’athéisme était véritablement objectif, il verrait bien que la question de Dieu est présente dans le coeur de tout homme (même des athées, puisqu’il faut bien qu’un athée se pose la question de Dieu pour pouvoir la rejeter).
Le fait religieux n’est donc pas qu’une lubie : c’est une réalité qu’il convient de laisser s’exprimer pas seulement au nom de liberté d’expression, mais en tant que réalité constitutive de l’humanité.
@JB Bourgouin : Réflexion intéressante à laquelle j’adhère pleinement
@Tigreek : attention à ne pas tout mélanger. Le principe de laicité existe dans le christianisme dès les évangiles et les épitres. Les premiers chrétiens utilisent d’ailleurs très tôt ce principe. Mais historiquement, il a été enfouit pendant plusieurs siècles, jusqu’à - il est vrai - l’avènement du protestantisme. Les divisions n’ont été là que pour redécouvrir ce principe, pas pour lui donner naissance.
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# Le 8 septembre 2011 à 09:54, par Yogi
"Car, quel incroyant (véritablement incroyant), pourrait être ébranlé dans son incroyance par l’expression de la foi des autres ?"
Il me semble que le problème ne se pose pas ainsi. Pour un incroyant, les manifestations religieuses sont du même ordre que des manifestations d’astrologie, de tireurs de cartes ou de fans des OVNIs : des lubies personnelles qu’il faut laisser s’exprimer ne serait-ce qu’au nom de la liberté d’expression, mais choquantes en tant qu’illustration criante et atterrante des faiblesses humaines. Et si vous trouvez mes termes durs ou méprisants, veuillez vous rappeler que vous-mêmes considérez les incroyants comme égarés et aveugles au Bien et à la Vérité.
"… une idéologie, qui voudrait que la religion disparaisse totalement de l’espace public." … "on voue la laïcité même à une décomposition certaine, qui débouchera finalement sur un athéisme officiel. Or cet athéisme est forcément irrespectueux des croyants, car s’il est une conviction forte il ne pourra tolérer aucune expression, ni par conséquent aucune transmission de la foi."
A mon sens il n’y a pas d’athéisme d’Etat, il y a une obligation d’objectivité d’Etat. Dès lors que tous les citoyens ne partagent pas la même croyance, les lois ne peuvent se fonder que sur les faits et sur la réalité partagée par tous, non sur les fantasmes particuliers de telle ou telle catégorie de population.
Ce n’est pas l’athéisme qui est irrespectueux des croyants, c’est la "réalité", l’espace où se joue le "vivre ensemble", et où l’on ne constate aucune présence divine. Dès lors que les croyants arriveront avec une manifestation réelle de leur Dieu, la religion pourra entrer dans le jeu social.
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# Le 6 septembre 2011 à 09:23, par Jean-Baptiste Bourgoin
En fait, il me semble que l’idéologie laïque "officielle" est déjà, dans les faits, un athéisme.
Mais je ne crois pas que cela touche vraiment les "cœurs" des citoyens. L’argument laïciste n’est lancé majoritairement que par les laïques athées et par toutes personne qui souhaite débarrasser sa conscience de ses troubles moraux au moment où ça l’arrange. Au final, les mêmes qui crachent sur un ecclésiastique par réflexe n’hésitent pas à aller se marier à l’Église ou à demander à être enterré à la suite d’une cérémonie religieuse.
Une sorte de réflexe culturelle qui a, c’est une supposition, une conséquence très grave : créer des tensions entre les réflexes laïcistes et les désirs de "spiritualités" de la population.
Maintenant que le laïcisme ne peut plus entrer en cohérence avec ce "désir de spiritualité" via la "mystique nationaliste" (qui est morte), elle ne peut plus créer que des tensions, une sorte de schizophrénie, un malaise, au sein même des individus.
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# Le 1er septembre 2011 à 13:31, par Tigreek
"Il ne faut pas se leurrer : c’est le christianisme qui est à l’origine de la laïcité."
Je dirais même plus : ce sont les divisions du christianisme qui sont à l’origine de la laïcité. Car il existe en Europe bien d’autres pays que la France, qui eux, ne sont pas des états laïcs (la Belgique, par exemple, ou… l’Espagne). C’est la nécessité de reconnaître aux autres confessions que la confession catholique (aux protestants par exemple) une légitimité et une liberté qui n’existait pas sous l’ancien régime.
La Laïcité telle que votée en 1905 est bien l’expression d’une liberté de culte, et non l’institution d’un culte athée…
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# Le 1er septembre 2011 à 10:41, par nicolas
En outre, cela fait partie d’une stratégie qui nie purement et simplement la liberté religieuse. La foi ne doit pas s’exprimer dans le champ public. Les mêmes ajoutent le plus souvent que dans la religion n’a pas à interférer avec leur choix personnels.
Bref, la religion n’a de place ni dans la société, ni dans l’intimité…
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