Depuis quelques semaines, un certain nombre de scandales pédophiles salissent l’image de l’Eglise catholique. Après les Etats-Unis, l’Irlande, l’Allemagne et maintenant le Brésil.
Les journaux s’en donnent à coeur joie, parfois de manière assez morbide, à croire que leur principal but n’est pas d’informer, mais de rechercher dans quel nouveau pays quelque prêtre pervers aurait pu commettre ses crimes. Toute affaire est bonne à prendre, même les plus incertaine, pourvu qu’elle aille dans le sens actuel. On casse d’abord, on constatera les dégâts après.
La tentation est grande de tomber à bras raccourcis sur ces quelques journalistes, de tous bords et de tous pays. La méthode gauloise n’est sans doute pas la meilleure. On pourrait en effet oublier le principe fondamental de charité envers ces professionnels de l’information.
Quelques blogueurs ont d’ores et déjà répondu à ces informations :
On reconnaîtra cependant que cette hostilité a quelque chose d’inquiétant. La pédophilie est l’un des seuls actes à caractère sexuel à être reconnu comme un crime par notre société (outre le viol). Accuser l’Église de pédophilie, évidemment associée d’ailleurs au viol (le mineur ne pouvant librement consentir à une union sexuelle) est une manière pour la société contemporaine, de crier haro sur une institution humaine et tout ce qu’elle représente. C’est une mise au pilori en bonne et due forme.
Cette campagne est d’autant plus désolante, qu’elle intervient alors que le pape Benoit XVI a commencé un grand travail d’investigation autour des affaires de pédophilie dans l’Église.
Déjà en tant que responsable de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le Cardinal Ratzinger avait fait parvenir cette fameuse lettre aux évêques :"De delictis gravioribus".
Ce texte montre une très grande fermeté dans le traitement des cas d’abus sexuel. Il faut préciser que lorsque le texte est publié, nous sommes en 2001 et la lettre suit et applique les recommandations du Motu Proprio "Sacramentorum sanctitatis tutela", sur des normes en rapport avec de graves délits réservés à la Congrégation pour la doctrine de la foi de Jean-Paul II. Dans le cas des abus sur mineurs, les prêtres qui se voient confier en confession de tels actes, ne doivent donner l’absolution que lorsque le pénitent est prêt à réparer en faisant ce qui est nécessaire, c’est-à-dire se dénoncer à l’autorité civile.
Par ailleurs, lorsque l’Église a connaissance de tels actes de la part de victimes, elle encourage le recours aux tribunaux civils. Le fameux "secret pontifical" dont fait mention Küng pour affirmer à tort qu’il empêche les victimes de porter plainte devant les tribunaux civil, concerne l’instruction des procès interne de l’Église.
Il concerne les délits très graves qui sont ôtés de la compétence des tribunaux ecclésiastiques ordinaires pour être jugés uniquement par la Congrégation pour la Doctrine de la foi [1].
Ce travail aucun autre responsable (politique ou religieux), n’a osé le réaliser, alors même que de telles affaires sont présentes dans tout type d’institution ayant des enfants à charge (ce qui n’enlève rien à la responsabilité des institutions dépendant - directement ou non - de l’Église catholique).
Là où la campagne devient particulièrement odieuse, c’est lorsque certains dégottent une affaire qui s’est déroulée dans la chorale où le frère de Benoit XVI fut enseignant et directeur… plusieurs années après les faits… et dans une partie toute différente de l’institution.
Qu’importe, le nom de Ratzinger sera à jamais entaché par ce mot : "pédophilie". Nos amis journalistes enlèvent ainsi à Benoit XVI une bonne partie de ses chances de nettoyage. Il était sans doute l’un de leurs meilleurs alliés, il devient leur victime.
Dans ces affaires, les catholiques vont encore souffrir, pour leur image, leur honneur. Ils devront supporter les quolibets de leurs collègues. Rectifier sans cesse, en sachant que cela ne sert sans doute à rien, lorsque le groupe s’y met. Certains perdront peut-être même la foi en constatant cela.
Tout cela permettra également d’accepter toutes ces vexations pour le Christ, en réparation pour ces crimes commis par ses propres serviteurs, pour les mensonges parfois délibérés des professionnels de l’information…
Au final, les chrétiens subissent le mensonge médiatique depuis les début de l’Église. A commencer par le Christ, qui du supporter des faux témoignages. Mais ce fut Néro qui inaugura la première campagne médiatique anti-chrétienne, en accusant les chrétiens de l’incendie de Rome qu’il avait lui même commandité.
La comparaison avec l’incendie de Rome est sans doute intéressante. Tacite raconte en effet, que le campagne anti-chrétienne qui suivit, ne fut pas vraiment menée en raison du crime incendiaire (simple prétexte), mais en raison de leur "haine envers le genre humain" igitur primum correpti qui fatebantur, deinde indicio eorum multitudo ingens haud proinde in crimine incendii quam odio humani generis convicti sunt.
Comment ne pas transposer cette expression toute latine, avec les échos de nos contemporains qui, en s’appuyant sur quelques principes incompris (le célibat des prêtres par exemple), affirment que l’Eglise a un problème avec la sexualité qu’elle refoule et serait donc responsable de tous ces crimes.
Mais le Christ n’oblige personne, l’Église ne contraint personne, elle place juste ces questions sur un autre plan. Elle les élève et de ce fait, peut demander plus, à des personnes qui acceptent de donner plus. Elle ne refoule pas la sexualité partie intégrante de la personne : elle la transcende, elle l’élève vers Dieu.
Nul ne perd de son humanité dans le célibat. Nul homme ou femme décidant de préserver sa virginité n’est une moindre personne. L’humanité a d’ailleurs donné au monde un certain nombre de personnalité dont la virginité vécue volontairement, n’a en rien diminué leur action (citerais-je Gandhi ?).
Le problème résulte avant tout de deux critères, indépendants de l’Eglise, mais qui impacte directement la manière de vivre le message évangélique.
Comment ne pas s’étonner que des prêtres finissent par refouler même ces gestes naturels, au risque de les voir ressortir d’un seul coup sous une forme totalement exacerbée ?
L’Église aime l’Humanité, mais elle la perçoit dans son intégralité : ses faiblesses et ses grandeurs. Elle sait ce dont elle est capable, et fait confiance aux hommes en leur confiant la responsabilité de leurs actes. Paul VI disait que l’Église est "experte en humanité". Elle n’a sans doute pas pris le virage nécessaire lié à la pédophilie assez vite, mais elle l’aura sans doute pris plus rapidement et mieux que beaucoup d’autres institutions.
L’Église n’a pas fini de cheminer dans ce monde. Comme j’aime à le rappeler, elle a vécu des crises bien plus graves dans son histoire. Si l’Église ne semble pas Sainte aux yeux des hommes, c’est que c’est nous qui ne le sommes pas assez.
Nous devons êtres saints pour compenser le péché de ses membres qui défigurent l’image du Christ par leurs crimes : en accueillant avec charité, avec joie, avec paix, avec patience, avec bonté, avec bienveillance, avec douceur, avec fidélité au Christ, avec maîtrise de soi [2] toutes les attaques des ennemis de l’Église ; en réparant par de menus sacrifices ou mortifications, ces mêmes attaques, et ces mêmes crimes.
La seul manière d’avoir des prêtres saints est d’être saints nous mêmes.
[1] La justice administrative française connaît le même système d’attribution de compétence en ce qui concerne les Recours pour Excès de Pouvoir par exemple
[2] Gal, V, 22
Merci à l’abbé Dominique Le Tourneau (juge des tribunaux ecclésiastiques) qui m’a apporté quelques éclaircissements juridiques, sur les "delictis gravioribus" et la manière dont ils sont traités au sein de l’Église.
Vos commentaires
# Le 23 mars 2010 à 14:10, par Jean-Baptiste Balleyguier
Bonjour,
voici quelques éléments d’un mail que Mgr Le Tourneau m’avait envoyé sur la question : "Le secret de la confession lie bien entendu le prêtre. Mais celui-ci ne peut donner l’absolution que si le pénitent est disposé à réparer.Cela suppose donc que celui-ci s’engage au moins à prendre les mesures nécessaires, autrement dit à se dénoncer à l’autorité civile."
Je pense avoir mal compris un passage : la réparation n’est pas un préalable à l’absolution. C’est le fait de s’engager à réparer (en allant se dénoncer à l’autorité civile). Le confesseur peut ensuite accompagner le pénitent auprès des autorités civiles pour qu’il se dénonce.
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# Le 23 mars 2010 à 12:29, par Louve
Je me permets de vous relancer sur cette question, car je suis très intéressée par les lumières que pourrait nous apporter Mgr Le Tourneau !
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# Le 18 mars 2010 à 16:57, par ?
Bonjour !
Vous dites : "Dans le cas des abus sur mineurs, les prêtres qui se voient confier en confession de tels actes, ne doivent donner l’absolution que lorsque le pénitent est prêt à réparer en faisant ce qui est nécessaire, c’est-à-dire se dénoncer à l’autorité civile."
Pouvez-vous s’il vous plaît me donner vos sources ? En effet, je pensais comme vous, mais depuis l’interview de mgr Girotti dans l’Osservatore Romano , je ne sais plus trop : http://www.la-croix.com/afp.static/...
# Le 19 mars 2010 à 06:47, par Jean-Baptiste Balleyguier
Effectivement, cet article peut poser question. La réponse donnée correspond à la "politique" générale en ce qui concerne l’absolution. Auparavant en effet, les prêtres ne donnaient l’absolution que si le pénitent avait fait acte de pénitence, ce qui posait problème puisque pour cela, la grâce de Dieu est nécessaire… or cette grâce est rendue par la confession.
Mgr Girotti évoque aussi le fait qu’il ne faut pas créer de méfiance chez le pénitent… une des principales raisons pour lesquelles le secret de la confession est absolu et ne peut souffrir d’exception. Si le pénitent sait que pour tel ou tel type de péché le confesseur a l’obligation de les transmettre aux autorités, pourquoi continuerait-il à venir se confier ?
Cependant, en ce qui concerne l’absolution donnée sans condition, il est possible que le confesseur devienne ainsi complice des actes commis, s’il ne met pas les conditions nécessaires pour que cesse le scandale. Je poserai la question à Mgr Le Tourneau qui m’avait déjà donné quelques éléments juridiques sur le sujet pour cet article.
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